THEMBA – Une critique par Neya Harouna

Comment gérer un deuil qui survient dans un couple ?. La gestion est parfois compliquée car chaque conjoint le vit différemment qu’il s’agisse de l’homme ou de la femme. Tout peut basculer d’un moment à un autre. C’est le cas dans Themba, un long métrage fiction dramatique réalisé par Luthando Mngomezulu. Dans le film, lorsque le couple perd leur fils unique dans un accident de la circulation, Themba, le père, veut désespérément oublier tout lien avec le fils tandis que Nakuthula, la mère, reste attachée. Dès lors, leur union prend un coup. Le climat d’émotion de Themba est lourd et difficile à gérer. Il refuse toute discussion et se perd dans l’isolement. Le deuil est géré différemment par chacun des deux parents. Le couple devient froid l’un envers l’autre. On remarque cette tension générée par les non-dits. Le spectateur est plongé dans une tristesse et un malaise grandissant. C’est une divergence totale dans la façon de gérer le deuil entre les deux. Face à un événement que le couple ne pouvait prévoir ni anticiper, ils sont obligés de trouver des voies et moyens de pouvoir traverser cette épreuve difficile. Pour tenter de reprendre le contrôle sur leur vie, les deux vont entreprendre des actions de résilience.

Themba dans sa démarche, va adopter une attitude plus radicale en essayant d’éliminer tout ce qui le lie encore à son fils décédé. En déchirant par exemple les dessins faits par le fils que la maman essayait de collecter. Ce comportement peut être vu comme abusif, mais c’est cette muraille que le père essaie de dresser contre la douleur et le chagrin qu’il l’habite. C’est sa façon à lui de gérer et de maîtriser son environnement pour ne pas sombrer.  De l’autre côté, la mère cherche à contrôler son deuil en s’accrochant toujours aux souvenirs qu’elle a de son fils. Elle ne veut pas abandonner les effets et objets personnels du fils. Psychologiquement, pour elle, abandonner un objet équivaut à abandonner son enfant. Donc, elle s’accroche à cette idée comme si son fils pouvait la voir. Cette démarche constitue le moyen pour elle de supporter et de contrôler son deuil. La préservation de ces souvenirs compense le vide d’un environnement devenu hostile dans le couple.  Par ailleurs, le point de rupture du film survient lorsque ce besoin de contrôle s’effondre. Cela est remarqué lorsque Thembalethu apparaît ivre pendant les réunions de famille, le jour d’anniversaire de leur fils.  Ou encore quand déclenche des pleurs . Ce qui prouve que les actions du père pour surmonter son deuil ont montré ses limites. Son mécanisme de défense n’a pas pu tenir. Ce qui joue énormément sur le couple qui tente bien que mal parfois de s’entraider. La vulnérabilité naturelle et humaine a eu raison du comportement abusif et radical. Le conflit auquel Themba doit faire face, est à la fois interne, conjugal et communicationnel. Il s’agit d’un couple qui vit leur deuil différemment. Le comportement de l’un peut être mal interprété par l’autre et bonjour le dégât. 

Pour la femme, le comportement de Themba est lui revoie à une personne insouciante et insensible à la perte de leur enfant. Pourtant, chacun le vit différemment. La communication devient alors un moyen pour le couple d’extérioriser pour permettre à l’un et l’autre de se comprendre mutuellement. Cette incompréhension crée justement un conflit permanent qui nourrit le ressentiment, la suspicion et l’accumulation de secrets. Themba est également hanté par le décès de son frère par noyade lorsqu’ils étaient encore adolescents. Ces souvenirs du frère dont il se sent un peu coupable mélanger à la disparition de son fils crée une bombe à retardement difficile à supporter. Il est hanté dans son sommeil, quand il fait son jogging le matin. Le nœud du conflit se dénoue finalement lorsque le couple accepte de s’ouvrir l’un à l’autre. C’est en communiquant et en partageant des mots qu’ils ont amorcé la route vers la guérison. C’est en acceptant de vivre le conflit ensemble, plutôt que l’un contre l’autre, qu’ils sont parvenus à la reconstruction de leur mariage. Tout compte fait, le choix du rôle par l’interprétation du personnage de Thembalethu peut être perçu comme un point faible du film. Le principal reproche que l’on peut faire c’est cette redondance constamment des crises de larmes. On le montre comme un personnage tout le temps en pleurs. Le jeu perd parfois en crédibilité. Aussi le manque de retenue donne parfois l’impression d’un personnage passif et même pleurnichard, ce qui peut agacer. Son jeu souvent excessif brise la barrière du réalisme et rappelle constamment au spectateur qu’il regarde une performance d’acteur. Le climat du film repose aussi sur les non-dits. D’autre part, le personnage de la mère semble aussi froid. Le réalisateur a préféré donner les larmes, les cris et l’effondrement à Themba tandis que la mère reste silencieuse, distante et même rigide. En donnant toutes les émotions à Themba, le film crée un vide affectif chez la mère. Bon gré mal gré, Le film Themba de Luthando Mngomezulu met en évidence une réalité vécue dans plusieurs couples. On n’est jamais préparé à affronter de telles situations. C’est une proposition de comment arriver à gérer des situations parfois difficiles à supporter par les conjoints. Par contre, pour filmer la douleur, le cinéma exige souvent moins de bruit et beaucoup plus de pudeur. 

Cette critique est issue du programme Talent Press, une initiative de Talents Durban en collaboration avec le Durban FilmMart Institute et la FIPRESCI. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur (Neya Harouna) et ne sauraient être considérées comme reflétant la position officielle des organisateurs.

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