The Color of Exile – Une critique par Neya Harouna

The Color of Exile est un long métrage fiction réalisé par Azlarabe Alaoui. Ce film dramatique raconte l’histoire d’un jeune Albinos du nom de Souleymane qui se voit obligé de fuir son village avec sa mère pour échapper à des menaces de mort liées à des superstitions qui pèsent sur lui. Le film a été produit et coproduit par Saiss Medit production du réalisateur lui- même en partenariat avec Rena Prod. Pour Ousmane, un jeune albinos, le soleil est une menace pour lui. Le climat désertique agit de façon néfaste sur sa peau et aggrave sa vulnérabilité. Le climat aride du désert crée un environnement hostile pour lui. Le film s’ouvre déjà sur un village en Afrique où la chaleur est forte pour Ousmane en tant qu’albinos. Les aléas climatiques montrent dès le début du film que le climat est une menace pour le protagoniste dans les premiers plans. Aussi, les croyances locales présentes sur Ousmane à cause des superstitions qui entourent l’albinisme. Le film installe cette peur et ce climat de terreur collective. Dès lors, on remarque qu’il n’y a pas d’espace pour respirer ou négocier. C’est d’ailleurs ce qui va pousser immédiatement Oussama et sa mère Aichata à fuir du village. Le réalisateur installe ce climat de thriller dramatique à travers des bruits inquiétants pour accentuer le danger autour de la famille de Ousmane. Le spectateur est alors plongé dans un climat d’instabilité ou la seule issue possible est de quitter cet environnement. On comprend à partir de là, l’urgence de partir en exil pour ne pas subir le sort du pire.  Le film explore par ailleurs, la tension entre le contrôle exercé par la société et les actions engagées par les protagonistes pour tracer leur propre chemin. 

De prime abord, le destin de Ousmane est dicté par des croyances et superstitions dans son village. Sa communauté cherche à le contrôler, à l’apprivoiser, à même le sacrifier car selon eux, son corps est vu comme objet mythique ou de malédiction selon. Face à cela, la mère de Ousmane ne va pas baisser les bras. Elle refuse ce contrôle social et spirituel qui pèse sur son fils. Elle se dresse contre la tradition et des prédateurs rencontrés en route pendant leur fuite. Aussi, devant les périples de leur fuite, Ousmane et sa mère font face à des problèmes avec les passeurs pour poursuivre leur route.  Ces passeurs et les autorités administratives exercent un contrôle sur eux. L’autre chose, le conflit constitue l’élément au cœur du narratif du film qui se décline sous plusieurs formes. La lutte pour la survie et l’identité. 

D’abord ce conflit culturel qui oppose les villageois avec leur croyance et superstition sur les personnes albinos. Face à eux, une mère qui tient mordicus à protéger son enfant face à de telles idéologies. Elle est contre les personnes qui, pour leur propre besoin, doivent traquer les albinos.  Aussi, tout le voyage est semé de confrontations avec des trafiquants et des passeurs qui sont sans pitié et qui usent de la violence pour arriver à leur fin.  La caméra montre ces passeurs cruels et l’atrocité de la rue dans leur passage lors par exemple de leur arrivée dans une ville comme Fès. De même, Ousmane vit aussi avec ce sentiment interne et personnel qu’il est toujours différent des autres même étant dans son propre village. Il subit un conflit identitaire. A cela s’ajoute ce fardeau pour sa mère. Il est étranger partout il va justement à cause de sa couleur de peau. La mère de Ousmane dans son jeu d’acteur face au contrôle, impose une résistance maternelle par son regard contre les tentatives d’intimidation des villageois. Les scènes de face à face mère-fils lors des moments de désespoir sont les plus réussies. La complicité est au rendez-vous entre les deux.  Même si les seconds rôles attribués aux passeurs ou agresseurs perd en crédibilité. Le désert et le Sahara à l’écran remplace les mots et l’on comprend la difficulté et la solitude des personnages. La musique jouée lors de conflits de famille prend en charge l’intensité dramatique de la situation. Le bruitage de la nature, notamment le sifflement du vent parviennent à créer le climat de l’instant précis. La maîtrise technique du réalisateur joue un grand rôle est un atout pour la réussite visuelle du film. Ce qui fait que le film est agréable à regarder. Cela à même pallier le manque de performance de certains acteurs, notamment les seconds rôles ou les rôles de groupe. En fin de compte, The color of Exile est une réussite techniquement et aussi dans la mise en scène. Il a beaucoup de références et d’intentions qui facilitent la compréhension du film sans tout dévoiler à l’écran. Le réalisateur déploie des choix de mise en scène précis pour compenser les limites ou l’interprétation des acteurs parfois trop figés. Alazarabe parvient à utiliser son expérience cinématographique pour aborder des thématiques déjà traité sociétales sans trop en faire. On se rappelle de ce court métrage intitulé L’enfant à la peau blanche, du réalisateur Simon Panay, qui aborde la même thématique. Dans son film, il dévoile le mécanisme d’exploitation humaines, notamment des enfants albinos dans les mines artisanales en Afrique. Bon gré mal gré, il s’agit une fois de plus pour le réalisateur Alaoui de mettre le doigt sur la problématique qui perdure encore et encore. 

Cette critique est issue du programme Talent Press, une initiative de Talents Durban en collaboration avec le Durban FilmMart Institute et la FIPRESCI. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur (Neya Harouna) et ne sauraient être considérées comme reflétant la position officielle des organisateurs.

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