From Dust We Spin – Une critique par Neya Harouna

From Dust We Spin, est un film documentaire réalisé par Julia Jansch et produit par Sheena-Lee Hendricks. La caméra suit une jeune femme du nom de Logan qui se trouve pour passion le sport automobile de rue dans les quartiers populaires des Cape Flats. Après une tentative de suicide, Logan s’investit dans l’exploration du car spininnig pour se donner une nouvelle perspective d’apprécier la vie autrement. Le documentaire montre comment un sport comme celui-ci peut être un moyen de résilience face à la violence que la vie nous impose parfois. La réalisation du film est marquée par des plans dans le cape Flats qui dévoilent la pauvreté et la violence suscitée par les différents clans de gangs. L’environnement physique indique un climat de désespoir, de dépression, de conditions de vie difficiles. C’est justement toutes ces situations qui ont conduit à la tentative de suicide de la jeune Logan. Aussi, il y a ce climat électrique où l’on sent tout de suite le ronflement des véhicules de courses, la fumée qui se dégage des pots d’échappement qui traduit l’univers underground. Le milieu agit forcément sur notre comportement, sur notre façon de penser, et parfois nos choix et même sur nos goûts. Logan avec cette fragilité trouve du réconfort dans ce sport dangereux et dont la pratique est majoritairement masculin. Julia, dans sa réalisation, fait le choix d’être en contact du réel, où le spectateur ressent ce côté brut du milieu et les actions directes du show des véhicules en plein vitesse sur la piste. La réalisatrice et son directeur de photographie Jacques Naudé utilisent les scènes de familles et les moments de doute pour exprimer l’étouffement de Logan. Le regard inquiet de sa mère la met dans une sorte de prison protectrice. Par contre, du moment où Logan est sur la piste et que les véhicule tournent autour d’elle, cela crée une sensation de puissance et de liberté en elle. Aussi, les plans de caméras à l’intérieur de la voiture avec le chauffeur agrippé sur la voiture donnent des vibrations et sont très beaux à voir.  Par ailleurs, le contrôle de Logan sur sa propre vie constitue un élément essentiel du film.

Le protagoniste a été à la base dominée par ce sentiment d’impuissance qui l’avait conduit à la tentative de suicide. Par contre, la jeune femme a repris le contrôle sur sa vie par transposition à travers cette maitrise technique à faire déraper une voiture sur une piste. La technique du spinning demande une certaine aisance et une maîtrise de soi pour pouvoir pratiquer ce sport. En se donnant cette peine, cela signifie la reprise en main de Logan sur son destin qui glissait vers le chaos. De même, ce contrôle vient ici remplacer une réappropriation de son corps et de son esprit. En effet, cette maitrise devient une thérapie face à sa tentative de suicide. Par la même occasion, la pratique de ce sport va lui offrir un contrôle sur sa vie sociale. La pratique du sport en général et du spinning en particulier leur permet de socialiser, d’apprendre avec les autres et de former une communauté. Cet environnement est favorable à l’épanouissement social. L’apprentissage et le respect des règles dans le sport permettent de structurer sa vie dans un environnement susceptible à la vie de gang. Ce contrôle permet à Logan de passer du statut de victime à celui de l’acteur et de maître de sa propre vie. Par contre, le conflit dans le documentaire se trouve à plusieurs niveaux. C’est même le combat central du film puisqu’il est à la fois intime mais également politique.

Logan vit un conflit intérieur. C’est entre elle et elle-même. Le documentaire met en évidence d’une part, cette lutte contre ses propres frustrations et son traumatisme. Une lutte acharnée pour ne pas tomber à nouveau dans la dépression. Le sport du spinning devient alors le moyen sur lequel s’appuyer pour guérir. D’autre part, il met en relief ce stéréotype de tout le temps voire la culture underground comme étant dangereux et méprisant. Souvent les autorités n’essaient pas de comprendre ce phénomène et préfèrent le juger de loin. C’est le cas par exemple dans la série documentaire Saveur Bitume du réalisateur Adrien Pavillard, qui met en avant le rôle du rap comme moyen pour révéler les réalités des quartiers populaires. Dans cette série documentaire, on a vu comment les autorités qualifiaient ce mouvement de rebelle et de délinquant. Parfois ce sont des endroits où les jeunes revendiquent un droit à l’existence et à l’expression culturelle. Cela fait partie de ce qu’on qualifie de cultures urbaines. De plus, vivre dans les régions comme les Capes Flats implique également un conflit territorial. Évoluer dans des milieux où la violence est constamment présente revient à être sur ses gardes à tout moment.  Dès lors, devenir spinner pour Logan représente un support sur lequel, elle peut s’appuyer pour se faire respecter et par ricochet redonner une profonde estime d’elle-même. 

Cette critique est issue du programme Talent Press, une initiative de Talents Durban en collaboration avec le Durban FilmMart Institute et la FIPRESCI. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur (Neya Harouna) et ne sauraient être considérées comme reflétant la position officielle des organisateurs.

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