Fosta – Une critique par Neya Harouna

Le documentaire FOSTA est l’œuvre du réalisateur sud-africain Eldon van Aswegen. Ce long métrage produit par Document Média de van Aswegen et par Laura Colucci et Nel Brandt de Storyscope, suit Thulani alias Fosta, un ancien prisonnier et membre d’un gang. Après sa sortie de prison, il décide de donner un sens à sa vie et de venir en aide à sa communauté. L’art, en l’occurrence la musique devient alors le moyen pour lui d’échapper à son passé douloureux et d’embrasser une nouvelle vie. Le réalisateur a suivi le protagoniste pendant une longue période pour la réalisation du film. Les treize années de tournage ont permis de constater l’évolution physique et temporelle de Fosta. Ces longues années à capter les doutes et le combat du quotidien.  Le film ne se contente pas de filmer les rues. Il essaie de nous faire découvrir les différentes trajectoires de son quartier jusqu’à ses différentes prestations en passant par ses séances en studio. La rédemption de Fosta ne s’est faite toute seule. Il y a eu une solidarité de la communauté. Le film met en évidence le rôle du mentor de Fosta et des autres membres de la communauté. Ce qui a ouvert la voie à plusieurs jeunes de pouvoir rêver à travers la musique. Eldon capte également à travers sa caméra, la musique électronique qui agit comme un micro climat de bonheur. Les rythmes et les basses transforment l’air en une énergie électrique qui donne la liberté. La lutte pour la rédemption et le changement de comportement de Fosta constitue le contrôle de son destin.

Dans les débuts, le destin de Fosta était hors de contrôle. Son destin était dicté par la loi de la rue, par la violence des gangs puis le passage à la prison. Le film montre cette difficulté à franchir le cap pour les détenus qui viennent tout fraîchement de sortir de prison. Il fallait un temps pour réapprendre certains comportements afin de pouvoir intégrer la société. Le plus compliqué pour les anciens détenus après leur libération, c’est de trouver des mécanismes pour ne pas retomber de ses mauvaises habitudes parce que souvent le milieu influence beaucoup sur le comportement donc la tension est réelle et présente. Fosta a pris le contrôle de sa vie grâce à l’artistique. Le contrôle technique du mixage, l’ajustement du tempo, à donner le rythme étaient un atout considérable. Le contrôle qui exerce sur ses appareils de musique devient comme une reprise du contrôle sur sa propre vie. L’élément le plus marquant, c’est la création du Bridges Academy. En créant cet academy, il permet à d’autres jeunes de réaliser leur rêve mais aussi et surtout de sauver certains d’une vie probable de gang. Cette opportunité offerte aux jeunes devient une manière pour lui de se racheter de sa vie passée. En montrant toutes ses activités en aide aux jeunes de sa communauté, le film renseigne sur le fait que Fosta a réussi à briser les chaînes invisibles qui le contrôlaient en tant qu’ anciens détenus après libération. En fin de compte, Fosta refuse de se laisser définir par son passé.  Par contre Fosta doit mener une bataille constante et intime contre les fantômes de son passé. Le conflit dans le film est profondément interne, éthique et social. Le plus grand adversaire de Thulani n’est pas un gang rival ni encore de retomber dans ses anciennes habitudes mais sa propre mémoire.

Le film montre un homme qui doit faire face entre celui qu’il était avant, c’est-à-dire le criminel, et l’homme qu’il veut être ou qu’il devient, c’est-à-dire l’artiste ou alors une personne de référence pour les jeunes de sa communauté. C’est le cas par exemple des scènes de réunion de famille font comprendre que certaines choses brisées ont plus de mal à se recoller qu’on y pense.  Dès lors, le pardon pour certaines personnes prend plus de temps ou ne viennent parfois presque pas. La nature humaine est parfois complexe d’autant plus que les blessures de certains maux restent non cicatrisées. L’autre chose aussi, c’est que le conflit se joue contre l’environnement immédiat. Sortir d’un passé lourd et réussir à se hisser au sommet l’industrie musicale devient la croix et la bannière lorsqu’on a un casier judiciaire.  Cette difficulté peut prendre plusieurs formes. Aux Etats-Unis par exemple lorsque les noirs américains réussissent, ils quittent automatiquement les quartiers de leur enfance ou de leur gang d’origine. Cela constitue un affront parfois dans ces milieux qui les interprètent comme une trahison. Et cela peut avoir des répercussions parfois violentes.  Pour ceux qui décident de rester, la violence continue de faire rage autour du studio de musique. Tout compte fait, le conflit dans le documentaire FOSTA n’est pas un conflit armé mais intérieur, c’est-à-dire entre le protagoniste et lui-même. Face au climat des cap Flats, la musique devient un élément central, un outil de contrôle qui permet à Thulani de venir à bout de son passé criminel et de construire un futur radieux. C’est également grâce à la musique que les jeunes de la communauté pourront bâtir leur rêve et réussir dans la vie artistique et espérer ne pas tomber dans les bras des gangs. FOSTA est un documentaire qui donne du courage à ne jamais abandonner les efforts, à ne pas baisser les bras car il y toujours une issue favorable malgré les difficultés auxquelles ils font face. 

Cette critique est issue du programme Talent Press, une initiative de Talents Durban en collaboration avec le Durban FilmMart Institute et la FIPRESCI. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur Harouna Neya et ne sauraient être considérées comme reflétant la position officielle des organisateurs.

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