Dear ancestor, est un film documentaire écrit et produit par le cinéaste malgache Nantenaina Lova en collaboration avec Lova Bély. Ce long métrage sorti en 2026 se positionne dans le futur pour s’adresser à des populations vivantes dans le présent. Le récit nous transporte en 2067 à l’île de la Réunion lors du 120e anniversaire du soulèvement anti-colonial malgache. Le documentaire débute avec une mère qui prie avec sa fille. La maman raconte à sa fille la résistance des peuples du Nord de Madagascar contre un projet de mine géant d’extraction. Ce projet a finalement fini par ravager la terre de leurs ancêtres et les a poussés à aller en exil. Le réalisateur installe un climat combatif et de résilience. commencé le film en 2067 crée une ambiance de science-fiction. Cette option nous indique que le réalisateur anticipe sur les réalités et les problèmes auxquels la population fera face s’ils n’y prennent pas garde. Le style cinématographique adopté par le réalisateur est un mélange du conte traditionnel et du cinéma réel et direct. Dans le matériel visuel, le documentaire fait l’usage des archives télévisuelles et historiques, des séquences documentaires réelles pour dénoncer le pillage des ressources naturelles. Le message politique qui se dégage dans l’intention du réalisateur est de mettre en lien les crimes environnementaux de nos jours avec le passé colonial. Dans la réalisation, les images de la mine nous renseignent sur la destruction de la nature et de l’environnement. Les vues aériennes montrent l’utilisation abusive et anarchique des terres. Dans des images d’archives de journal, on aperçoit des manifestants ont fait irruption dans un camp pour manifester leur mécontentement. Un projet qui mettrait en péril les activités des pêcheurs et d’autres personnes au chômage. La présence également des ancêtres est relatée à travers le conte. Le film expose par ailleurs, les mécanismes modernes de domination qui sont à l’origine de beaucoup de maux de la société. Ceci dans l’intention de priver la population de leur souveraineté.
Le documentaire nous oriente vers une manipulation économique. Le contrôle économique se manifeste lorsque les multinationales étrangères ont la malice de dicter à chaque fois l’avenir et le sort de certaines régions sous prétexte de vouloir apporter le développement. Parfois avec la complicité des autorités locales, ces multinationales parviennent à imposer leur diktat aux populations dans les régions dont les terres regorgent d’énormes gisements. Le contrôle est aussi visible quand les populations se voient confisquer leur propre terre. Dès lors, ils deviennent victimes de l’expropriation forcée des terres de leurs ancêtres. Leur seul moyen c’est parfois de mener au créneau pour faire entendre leur voix et dénoncer les injustices subies. Comme dans le film, les manifestants sont réprimés par les forces de l’ordre. L’autre chose au-delà de tout, c’est ce contrôle colonial qui persiste encore et toujours sous d’autres formes. Le réalisateur montre dans le documentaire comment les structures coloniales passées se cachent de nos jours derrière des contrats d’exploitations capitalistes. Les populations sont victimes des accords nationaux signés par les autorités. Le conflit de ce commentaire repose sur la confrontation directe des deux visions irréconciliables du monde.
Le documentaire oppose ici le profit financier à court terme au respect des terres des ancêtres. Ce choc des valeurs constitue de nos jours un problème. Pendant que pour certains, il plus facile et simple d’abandonner la terre de leur ancêtre au plus offrants, d’autres par contre, sont plus attachés à leur terre, à leurs ancêtres. Pour eux, cette valeur est inestimable. De plus, dans le documentaire, le conflit est porté par des figures comme l’aïeul Dadabe, qui mènent une résistance pacifique mais acharnée pour léguer une terre vivante à leurs descendants. Ces personnes se soucient du lendemain, de la génération future. Pour ces personnes le lien à la terre et à l’héritage sont des exemples d’une importance capitale. En faisant raconter l’histoire par une mère à sa fille en 2067, le film montre que le premier acte de résistance est la transmission des héritages de génération en génération. Le conflit se joue également dans le récit. Dans ce combat mémoriel, cette histoire en 2067 est un acte de rébellion contre l’oubli de l’histoire de toutes ces personnes qui sont opprimées. Le réalisateur utilise sa caméra pour prendre position pour redonner la parole aux opprimées et mettre en avant l’effacement programmé. Les personnages du futur parlent du présent comme d’un point de bascule. Bon gré mal gré, ce documentaire dénonce les formes modernes d’asservissement, bien plus subtiles mais tout aussi destructrices que la colonisation. L’œuvre suggère comment le contrôle s’appuie sur une assise locale. L’administration devient l’instrument qui transforment les citoyens souverains en des instruis sur leurs propres terres d’origines. Ce documentaire ne se contente pas de documenter une crise, il prend position face une problématique. Aller dans le futur pour faire référence au présent consiste à une mise en demeure et en garde sur nos agissements, nos actes, nos combats, sur ce que nous faisons pour les générations futures. Nos actions doivent être mesurables pour le climat et l’environnement.
Cette critique est issue du programme Talent Press, une initiative de Talents Durban en collaboration avec le Durban FilmMart Institute et la FIPRESCI. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur (Neya Harouna) et ne sauraient être considérées comme reflétant la position officielle des organisateurs.
