Mon père et Kadhafi – Une conversation avec Namir Abdel Messeeh

La réalisatrice libyenne Jihan Kikhia a présenté son documentaire Mon père et Kadhafi à Ecounters South African International Documentary Festival 2026. Ce film retrace une histoire familiale de la réalisatrice sur la disparition de son père qui était alors opposant sous le régime de Mouammar Kadhafi. Dans le film, l’enlèvement du père a eu lieu en 1993 alors que Jihan n’a que six ans. Une quête menée par Baha, la mère de Jihan, pour découvrir la vérité a duré 19 ans. Le corps de Mansur Rashid Kikhia, le père, est finalement retrouvé en 2012 après la chute de Kadhafi, caché dans un congélateur. Pour Jihan, ce film est une conversation, une lettre d’amour adressée à son père. Nous avons discuté avec elle de ce qui l’a inspiré pour ce documentaire dont la réalisation a pris neuf années.

Harouna Neya : Super. On va y aller en même temps, sans protocole. On va discuter de ton film Mon Père et Kadhafi. Ton film s’ouvre sur des souvenirs de ton enfance et des archives qui sont beaucoup intimes. Quel a été l’élément déclencheur précis qui vous a fait passer de la quête personnelle de vérité au projet de réalisation d’un long métrage? 

Jihan Kikhia: Oui, en fait, comme j’ai montré dans mon film, mon père a été, son corps a été trouvé septembre 2012, ça c’est neuf, onze mois après que Kadhafi ait été tué.

Et là, on a fait des tests d’ADN et après il était enterré. Son corps a été enterré dans une cérémonie formelle officielle du gouvernement libyen le 3 décembre 2012, qui est aussi le jour des enfants.  Je ne sais pas comment dire en français, ah oui, la journée internationale des personnes handicapées. Cette journée en fait, ça a été fondée par mon père dans les années 70, dans les Nations Unies, donc là il y avait un symbolisme que le jour même.  En fait c’était le même jour, comme il était ambassadeur des Nations Unies. Là, ça c’est une autre histoire, désolé, mais là il était enterré le 3 décembre et même pas un mois après qu’il a été enterré, le pays est tombé dans une guerre civile, qui a duré presque entre six et sept ans.

Et pendant ce temps-là, chaque mois, chaque année qui passait, j’ai pensé que peut-être le pays va se stabiliser, va se calmer un peu, comme ça je peux continuer cette enquête ou recevoir la vérité, qu’est-ce qui s’est vraiment passé avec mon père pendant ces 19 ans qu’il a disparu. Et la vérité n’est jamais arrivée, et le pays est tombé dans une guerre civile de plus en plus compliquée. Il y avait des morts, des jeunes qui sont morts maintenant en Libye et des nouveaux problèmes où ça se voyait de plus en plus que mon père risque de disparaître complètement des souvenirs du pays. Et là, j’ai pensé qu’en fait, j’ai senti un peu de pression que aussi ma mère commence à vieillir un peu, et j’ai pensé, si quelque chose arrive à ma mère, elle et toutes ces histoires vont disparaître, parce que c’est elle vraiment qui se souvient de tout ce qui s’est passé, moi c’est un peu trop compliqué, c’était des histoires de loin, et j’ai vu que le pays était en train de disparaître complètement. Le pays que mon père a aimé, le pays que mon père s’est battu pour, je ne veux pas dire que l’identité libyenne et libyenne vont disparaître, c’est juste le souvenir d’un pays avant Kadhafi et durant.

Et à ce moment-là, je me suis dit, je ne peux pas attendre que la vérité vienne me chercher, c’est moi qui dois chercher la vérité, et peut-être, si je ne suis pas prête à parler à propos de mon père, de se battre pour lui, pour la justice, comment je peux attendre que quelqu’un le fasse pour moi. Donc j’ai commencé à ce moment, j’ai décidé à ce moment, que je vais raconter l’histoire de mon père, comme ça il ne va pas disparaître une deuxième fois, et j’ai choisi le cinéma, parce que je viens d’une famille artistique, ma mère est artiste, elle fait de la peinture, elle fait un peu de tout en fait, et moi aussi j’ai fait un peu de la peinture, l’art visuel, donc je suis, tu vois, familier avec l’art, je suis un peu familier, tu vois, et j’ai pensé que le medium du cinéma, ce sera parfait pour, comme ça, ça peut soutenir toutes ces couches très complexes de l’histoire de mon père, je pensais que le cinéma ce serait le mieux, et aussi j’avais des archives personnelles, archives historiques, que je pouvais mélanger, comme ça je peux refaire une peinture, une image de la Libye que moi je n’ai jamais vue, donc je l’ai créé avec mon imagination, avec ses ressources, et là j’ai commencé cette aventure qui a duré neuf ans, pour raconter l’histoire de mon père, et là maintenant en 2025, on a fait la première mondial à Venise, et là maintenant je suis avec vous en train de parler avec toi Ahaha !. 

HN :  En tout cas félicitations, c’est très bien. Justement comme tu parlais des images d’archives, comment s’est faite cette sélection des images d’archives de famille ? 

JIHAN : Les archives de famille, en fait c’est par hasard que je me suis nominée comme la gardienne des archives de ma famille. Depuis que je suis très très jeune, personne ne m’a dit c’est toi qui dois faire ça ou ça dans ma famille.  C’est moi qui ai trouvé les photos, les clips, les films et tout ça, pendant que je suis très très jeune, et j’ai tout organisé. Peut-être j’ai les documents aussi, une petite librairie ou bibliothèque de mon père, qu’on gardait ses affaires pendant la recherche de 19 ans. On a gardé des petites affaires de lui. Et en fait c’est moi qui ai été nominée comme gardienne, moi-même. Et je pense que ça veut dire que j’ai commencé mon documentaire il y a 30 ans, parce que maintenant j’ai 39 ans, peut-être 33 ans. Depuis ce moment-là, j’ai organisé toutes les photos de ma famille, des archives, même tous les papiers, les documents pour l’investigation de mon père. Et je les organisais par année, par personne, par thème. Donc je savais le moment où je voulais faire mon film, en fait pourquoi j’ai décidé de faire le film, c’était une réaction à ce qui s’est passé, avec les guerres, on risque de perdre la Libye de loin. J’étais déjà en exil, et de perdre le pays encore une deuxième fois, ce serait pour moi une grande tragédie, donc je voulais éviter ça.

Donc je savais déjà que j’avais ces archives de ma famille, et j’ai vite fait de les utiliser comme la base, l’essence visuelle de ma famille et de mon père.

HN :  Ok, super. Justement, l’effet visuel de votre père, comment se fait la mise en scène et le montage d’un personnage qui n’est pas là physiquement, mais qui est au centre de votre film ? Comment se fait cette mise en scène ?

JIHAN : Moi déjà, je n’ai jamais fait un film, et je n’ai jamais fait un documentaire, mais j’ai embauché des professionnels, des monteurs, et j’ai essayé avec plusieurs monteurs, et je les ai toujours donnés. Moi, ce que j’ai pensé que c’était ma responsabilité, c’est de trouver les archives, la famille, tout ça, parce que c’était tellement personnel, il n’y a personne d’autre qui peut le faire. Mais c’était aussi ma responsabilité de tout organiser pour les monteurs.

Donc, j’ai travaillé aussi comme assistante des monteurs, et j’ai tout nommé, j’ai tout organisé comme ça. Quand je donne mes matériels aux monteurs, comme ça, ils ne vont pas être accablés par le volume des choses que j’avais, on dirait peut-être plus de 300 heures de clips, des images, et tout ça. Donc, j’ai donné tous ces matériels organisés aux monteurs, comme ça, j’ai dit, vas-y, tu peux nager, amuse-toi avec ma famille, et vas-y et cherche. Donc, c’était une collaboration. Mais moi, ce que j’ai donné au projet, c’est la vérité, ces émotions crues. Je voulais protéger aussi ma famille et cette histoire très, très fragile.

Je savais qu’il y avait plein, plein d’agendas politiques, personnels qui pouvaient vraiment corrompre le film et l’histoire. Donc, ça, c’était ma responsabilité, de vraiment protéger cette collaboration artistique où on utilisait le cinéma pour imaginer mon père, imaginer ce fantôme. Et on le trouve dans le vide aussi, dans le silence, dans les moments lents.

Aussi, moi, je n’avais pas beaucoup de mots à décrire mes émotions. Plus j’utilisais des images, des clips, et plutôt quelqu’un insaisissable. Mais en même temps, mon père était tellement pur et vrai .

Il y avait quelque chose de très naturel, très humain. Donc, j’ai trouvé un équilibre professionnellement avec les professionnels avec qui j’ai ajouté à mon équipe. Comme ça, eux, ou moi, j’avais des vides d’émotions, parce que je ne suis pas totalement claire, je n’ai pas vraiment un lien totalement clair avec mon père. C’est compliqué, c’est caché. Je pouvais utiliser les cœurs et l’empathie des autres pour remplir ce vide dans ma vie. Et je pense qu’on a bien fait. Et c’est parce que les monteurs dans mon film étaient tellement bien. Ils étaient tous, à peu près tous, très naturellement, sincèrement, attachés à ma famille. Et ils ont bien capturé l’essence de ma famille et de mon père, et de ma mission. Donc, moi je dirais que c’était une collaboration. 

HN : Ok, super, super. Justement, cette histoire-là, c’est une histoire assez fragile, vous l’avez dit également. Est-ce que, lorsque tu as amorcé l’idée de faire ce film-là, quelle était la réaction de votre mère? Est-ce qu’elle était partante, ou alors elle était plutôt contre ou pour l’idée de ce film, vu la fragilité de la situation ? 

JIHAN : Non, non, pas du tout. En fait, ma mère et toute ma famille étaient, ils sont très humbles. Ils sont des gens très respectueux. Ils respectent beaucoup mon père et l’individualité de mon propre aventure et ce que moi je dois faire pour moi-même. Donc j’ai reçu que de l’amour et le soutien. 

HN : Ok, d’accord, super. J’ai lu en tout cas certaines critiques dans certains journaux qui disent que vous avez fait une description pratiquement parfaite de votre père. Pourtant, quand on voit bien le parcours de votre père, il a été avec Kadhafi à un moment donné et après il s’est retrouvé de l’autre côté contre Kadhafi. Comment est-ce que vous avez réussi à trouver cet équilibre-là pour quand même nuancer ? 

JIHAN : Pour moi, c’est parce que j’ai grandi avec ces nuances. Ma mère, elle était vraiment un bon leader dans notre famille. Elle vient d’une famille d’un père politicien. Elle vient du Moyen-Orient. C’est une région très, très complexe. Elle nous avait appris que si tu vas juger quelqu’un, c’est mieux de ne pas juger, mais il faut juger avec son individualité, sa personnalité. Pas sa croyance, religion, nationalité. Tout ça, c’est artificiel. Ce n’est pas vraiment l’essence de quelqu’un.

Aussi, elle nous avait appris la différence entre la vie personnelle et la politique. La politique dans la région, dans le Moyen-Orient, dans l’Afrique, c’est compliqué, c’est dangereux. Il y a beaucoup de risques parce que ce n’est pas très équilibré. On n’a pas les sources pour soutenir une vie civile parce qu’on est continuellement infiltrés et déstabilisés par des forces intérieures et extérieures en même temps. J’ai grandi avec ça. Même si on savait que c’était Kadhafi qui kidnappait mon père, c’était le régime de Kadhafi, je n’ai pas grandi avec des mots sales contre Kadhafi. Tu ne vas pas encourager ces histoires réductives de l’Ouest contre le Moyen-Orient, contre l’Afrique. Cette nuance, j’ai grandi avec. Et quand j’ai décidé de faire mon film, c’est pour ça exactement pourquoi je voulais protéger le film, c’est pourquoi c’est moi qui étais la réalisatrice. Même si je n’ai jamais fait un film, j’avais confiance en moi-même de protéger cette histoire parce que c’est exactement la question que tu me demandes. Je savais que les gens pouvaient infiltrer l’histoire et la déchirer. Soit parce qu’il y a des perspectives très variantes qui ont leur propre opportunisme, qui pouvaient faire une histoire simple de Kadhafi ou une histoire simple de mon père ou de ma mère ou de la région.

Je ne voulais pas ça, je voulais dire notre vérité. Notre vérité, c’est que mon père était Libyen. Il adorait son pays, ses peuples. Il était fidèle à ses peuples. Il était en service des Libyens. C’était ça sa mission. C’était juste d’améliorer la vie des Libyens. Il était en service au gouvernement avant Kadhafi. Il était déjà en service pour le gouvernement pendant la révolution. Il a continué à servir le gouvernement malgré les complexités intérieures, extérieures. Ça doit être, je pense, analysé par des professionnels. Je ne suis pas professionnelle, je suis juste la fille de mon père qui, par hasard, fait partie de cette grande histoire politique en Libye. Ça aussi, ça m’a laissé rester très, tu vois, concentrée. Comme ça, je reste concentrée avec des principes très, très, comment dire, avec des principes. Comme ça, je ne me trouve pas en train de chasser des millions d’idées qui vont, tu vois, comment dire, pourrir l’histoire. Et là, c’est ma mère qui m’a appris de juste dire la vérité. La vérité que c’est mon père a adoré son pays. Il a fait tout pour servir son pays. Une partie de ça, c’est de collaborer avec Kadhafi Jusqu’à un point. Et malheureusement, il n’est pas vivant pour que je puisse lui demander à quel point tu as décidé et pourquoi. Et comment c’était en 1950 avec le roi, avec les Anglais, avec les Italiens. Ils pouvaient tous, tu vois, nous raconter ce qui s’est passé. Comment c’était jour par jour en Libye.

Les gens, la musique, la nourriture, la façon de parler, les opportunités, l’éducation. Il a tout vécu. S’il était vivant maintenant, il aurait eu 95 ans. Donc lui-même, juste raconter son histoire, je raconte presque 100 ans de l’histoire de la Libye. Donc oui, je suis i resté à l’essence de ces principes que j’ai. Et de montrer ce film de ce point, comme ça, ça me donne la liberté, la puissance aussi d’intégrer de plus en plus de complexité au lieu de dire d’éviter. Moi, je n’ai rien à éviter. Pour moi, ma mission, c’est de savoir la vérité, quoi que ce soit. Parce que je n’ai pas de jugement ni contre mon père.

Je n’ai aussi pas de jugement contre Kadhafi et le régime, parce que pour moi, c’est dans le passé. Et tout ce que je peux faire avec ce petit fragment de la vie, de mon identité presque pratiquement déchirée par Kadhafi et le régime, c’est de prendre le passé pour comprendre mon présent et mon futur avec l’amour et la compréhension, la compassion. Sinon, je serais un politicien, un journaliste professionnel, un « investigator », un enquêteur. Mais je ne suis pas ça. Je suis juste la fille de mon père. Je suis Libyenne et j’essaie de me trouver et de me redécouvrir comme Libyenne à ce moment, dans le présent, honnêtement.

HN : Oui, super. À un moment donné dans le film, on a vu que tu as décidé d’aller en Libye, d’aller enquêter un peu, Malgré le risque qu’il y avait, vous n’avez pas eu peur ?. Quelle a été la réaction de la maman par rapport à cela ? 

JIHAN : Non, il n’y avait pas de grande réaction parce que je suis habituée à visiter en Libye depuis que j’avais 10 ans. J’avais toujours une relation très étrange et très bizarre avec la Libye. Il n’y a pas un bon moment de visiter. Il y a toujours quelque chose. Ce qui est important, c’est d’aller le plus souvent possible et continuellement. Comme ça, je nourris cette relation le plus possible. Pour nous, c’était totalement naturel. Mais je vois ce que tu veux dire. Il y a cette tension avec peut-être le passé. Est-ce que c’est dangereux ? Oui, j’avais un peu. Je savais que ça existait, mais ça ne m’a pas arrêtée d’aller et de toujours demander des questions. C’est vrai que je suis toujours très discrète, normalement. Maintenant, je fais beaucoup de presse. Je ne savais pas que ça allait arriver avec le film. C’est trop tard. J’ai fait la première mondiale. Ma mission, c’est de montrer ce film à autant de gens possibles dans le monde.

J’ai beaucoup de confiance en ce film. Je trouve que c’est une histoire importante. Il y a une mission très sincère de la justice, mais aussi pour les gens d’avoir l’opportunité d’apprendre quelque chose de la Libye, de la voir d’une nouvelle façon, avec l’empathie, d’une façon humaine. Mon cœur est vraiment là dans cette mission. Je faisais tout pour ça. C’est aussi une lettre d’amour pour mon père et pour le pays, pour peut-être donner un peu de positivité et de l’espoir. Je fais la presse et je fais tout ça, mais normalement, je suis très timide. Je me cachais toute ma vie de la Libye. J’ai peur de la Libye. J’ai peur des Libyens. Parce que ça dépend. On a ce problème de suspicion entre nous. Comme tu as dit, c’est vrai, bien sûr. Je vis peut-être trop naturellement, peut-être trop intégré dans la vie avec constamment cette peur. Mais je n’ai pas le choix. Il faut que je continue, parce que j’ai une mission. 

HN : Dans le film, on a remarqué que, malheureusement, en 2012, on découvrait le corps du papa. Quel était le message que ce film envoie à la société libyenne actuelle qui peine encore à regarder son passé en face ? 

JIHAN : Je pense que je viens de répondre, parce que j’ai dit que je suis moitié libyenne, moitié syrienne. Il y avait déjà les complexités du régime, les traumatismes du régime de Kadhafi qui ont déchiré les Libyens, qui nous avaient séparés du monde de l’Ouest. Donc on était isolés, on était mystérieux, à nous-mêmes, aux Arabes, dans la région.

Personne ne pouvait vraiment décrire ce que veut dire la société libyenne, ce que veut dire la culture libyenne, parce que c’était monopolisé par Kadhafi, le culte de personnalité. Donc pour moi, ce film est un acte de résistance, un petit acte de résistance contre aussi le fantôme de Kadhafi. Par ce que j’ai fait un entretien avec le ministre de la Lybie et c’est pas dans le film. Il a dit que le fantôme de Kadhafi nous gouverne toujours. Et donc moi, ce film avec le fantôme de mon, père j’essaie de petits actes de résistance. Je peux comprendre, je peux trouver la logique. Je ne justifie pas, mais je peux trouver la logique dans le passé par ce que je veux comprendre, je veux savoir la vérité. Je peux être un peu détachée mais et trouver la logique avec ce qui s’est passé ces derniers 100 ans. Mais je ne peux pas relâcher complément mon identité libyenne et je donne au fantôme de Kadhafi, là c’est ma responsabilité. C’est meme pas la responsabilité de mon père, c’est ma responsabilité de trouver mon identité et de dire ce que je veux faire avec cette identité., aujourd’hui comment je peux me définir comme une femme à cœur ouvert. Mais là, c’est difficile comme femme, il faut affronter la société libyenne, la politique libyenne. Donc c’est pas facile mais ce film est un acte de dire que je veux aussi partager une petite morceau de la Libye, moi aussi j’ai quelque chose à raconter. Tu as le droit de ne pas être d’accord, de ne pas aimer mon histoire, c’est ton choix, tu es totalement libre. Mais j’ai le droit de mon histoire de la Libye meme si ça commencé en exile. C’est quand meme une histoire libyenne 

HN : Ok super. J’ai une dernière question. Quel est le sentiment dominant qui vous habite aujourd’hui ? est-ce un soulagement d’avoir achevé ce projet de film ou alors c’est le début d’un nouveau chapitre créatif ?

JIHAN : je pense que le film c’était un début. Ça m’a pris neuf ans pour le faire ou peut-être toute ma vie. Mais pour moi c’est un navire, un avion, une automobile je ne sais pas quoi pour voyager avec, pour avoir une aventure. Je n’ai de formulaire, des objectifs fixés, je suis ouverte à ce que la vie va me montrer et comment je vais réagir. Mais j’ai fait ce film consciemment comme un navire pour naviguer. Donc on verra, ça ouvert des portes créatives, maintenant je sais comment faire un film. Je peux faire d’autres si je veux et aussi du côté de mon père, je ne peux pas dire que j’ai la paix ou j’ai soudainement cette connexion avec mon père mais je peux dire j’ai un peu plus d’empathie, un peu plus d’humanité, de sentiment humain à moi-même et à mon père. Déjà ça c’est très grand. J’ai vécu engourdi avec cet énorme vide. Je ne peux meme pas imaginé mon père, parler avec lui. Donc le film, c’était une conversation. Je ne sais pas comment ça va se manifester dans ma vie, mais je suis ouverte, prête et très très reconnaissante. Chaque jour, je me dis que c’est un privilège parce que tu vois le traumatisme, la mort, la disparition, les histoires compliquées, les tragédies, je n’ai pas inventé. Il y a des millions d’histoires qui se passent maintenant pendant qu’on se parle. Mais tout le monde n’a pas l’opportunité de réfléchir, déjà ça c’est un privilège, de trouver un moyen de l’exprimer, lart , le cinéma , c’est aussi un privilège. Mas c’est là que je concentre, la reconnaissance, ce sentiment de dire Merci ; et j’espère que ça donne un peu de justice, un peu de lumière entre mon père et le pays qu’il a adoré et le peule libyen.

HN : OK super. Je pense qu’on a fait le tour des questions. Je vous ai fait beaucoup parler.  Quelqu’un qui est timide, c’est pas évident.

JIHAN : Ahahaha, oui je sais. Je suis tres tres passionnée maintenant.

NH : J’ai suivi le film. Je peux comprendre les sentiments qui se dégagent pour une petite fille qui a grandi sans son père. On a vu meme les vidéos où vous avez réclamer de relâcher votre père. J’ai vraiment beaucoup aimé retrouvé ces images d’enfance, et surtout que vous étiez la gardienne de tout ce qui était audiovisuelle dans la maison.

JIHAN : Merci, Merci beaucoup et Merci pour votre temps. Est-ce que vous pouvez me tenir informé quand vous publierez l’article s’il vous plait ?

NH ; Daccord. Ça marche. Je vous envoie déjà la critique que j’ai déjà écrite.

JIHAN : Oui, merci

HN : Ça été un plaisir. A la prochaine alors.

JIHAN : oui j’espère ; peut-être au Burkina Faso, ça sera un rêve d’y aller.

HN : Oui oui, je vous invite

Thank you

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