Après le pétrole – Une critique par Neya Harouna

Le changement climatique a complètement bouleversé l’ordre de la nature. Les êtres humains sont contraints de vivre en fonction. Les actions humaines sont en partie responsables de ce changement notamment à cause des actions des grandes firmes industrielles. C’est pourquoi certains se donnent pour mission de lutter pour la préservation de l’environnement et surtout des espaces verts. C’est ce que révèle le documentaire After Oil, un film réalisé par Boima Trucker et produit par le collectif Africa is a country. D’une durée de près de 80 minutes, le film explore justement cette question des inégalités de l’énergie verte à travers toute l’Afrique. Le documentaire suit le parcours de trois communautés spécifiques qui font face aux changements climatiques et qui décident d’engager des actions de résistance contre l’extraction des terres autochtones. Le réalisateur a décidé de braquer sa caméra sur la rudesse et la hausse de température, notamment dans l’environnement désertique des camps de réfugiés des Sahraouis. Aussi, le film essaie d’exposer le dérèglement climatique. Il montre comment ce changement climatique mondial sert de prétexte pour imposer des politiques de transition sans consulter les premiers concernés. Les effets sont l’élément commun à toutes ces communautés. Cela démontre à quel point l’Afrique fait face à cette problématique de changement climatique. Encore plus, quand il s’agit de faire face à une crise causée par l’industrialisation. L’Afrique subit dès lors, des politiques néolibérales. C’est cet accaparement des ressources que le documentaire décortique comment les élites économiques et politiques tentent de maîtriser la transition énergétique.

Le film indique ce contrôle par la mainmise des multinationales sur les terres notamment à Amodiba en Afrique du sud pour en extraire les minéraux pour les technologies. Les populations avertis de ce qui se joue et des risques auxquelles elles sont exposées, s’insurgent contre par des marches avec des pancartes de dénonciations. Elles sont engagées dans des actions éco citoyennes et écotourismes. Ce colonialisme vert est dénoncé. Aujourd’hui, les populations ne sont plus naïves et sont informées de leur droit et ne se privent pas de le montrer. Aussi, dans les bidonvilles de Mathare à Nairobi, ce contrôle est visible à travers l’exclusion. On voit comment les infrastructures énergétiques modernes contournent les populations pauvres. Ceci dans l’espoir de les maintenir de leur état afin de pouvoir diviser l’opinion pour pouvoir mieux régner. Cette ségrégation énergétique est une stratégie adoptée par les infrastructures énergétiques pour maintenir les populations dans une division sociale stricte. Par la même occasion, le documentaire dévoile comment la transition After Oïl reproduit les mêmes schémas dans la domination et l’exploitation. C’est une nouvelle formation de colonisation qui ne dit pas son nom. La dépossession des terres, la pollution de l’environnement, l’appauvrissement des sols, sont autres les conséquences de ces actions.  Cependant, les populations sont conscientes de ces enjeux. Elles engagent des actions de résistance et la lutte pour l’autodétermination. Dès lors, le conflit naît directement du choc entre volonté de contrôle des puissants et le besoin de suivi des populations au niveau local. 

À Amadiba par exemple, le conflit est complètement frontal et juridique. Les populations locales sont obstinées à défendre les terres de leur ancêtre contre toute exploitation minière. Les autochtones imposent une résistance pour défendre ce qu’ils considèrent comme leur patrimoine.  Aussi, à Mathare et dans les campements Sahraouis, le conflit est quotidien et surtout politique. Pour eux effet, il s’agit principalement de de revendiquer le droit à l’énergie, à l’eau et aussi à l’existence. C’est une lutte pour la reconnaissance et surtout la dignité. De plus, le réalisateur met en opposition ce choc de vision. D’un côté, il s’agit d’une transition capitaliste dictée par le profit et le gain au niveau mondial contre une transition juste. De l’autre côté, il s’agit d’un mouvement démocratique porté localement par des défenseurs africains.  A Nairobi par exemple, la caméra met en opposition le pylône électrique avec l’architecture du quartier de Mathare. Les plans larges montrent des câbles haute tension traverser le ciel au-dessus des bidonvilles.  Ici, le contrôle ne se discute pas seulement dans les bureaux, il s’impose aussi sur le paysage. Par contre, même si les communautés sont liées par de pareilles problèmes, le spectateur aura du mal à situer le protagoniste principal du film. De plus, le documentaire s’est attarder uniquement sur la dénonciation sans pour autant nuancer les points de vue. Malgré tout, il y a eu des transitions énergétiques qui font exemple et qui ont été d’un grand succès. Il s’agit d’une répétition que l’on constate dans la plupart des films sur la transition énergétique qui est toujours la victimisation des populations locales africaines.  On a cette impression de déjà vu, surtout dans le documentaire Dear Ancestor du cinéaste malgache Nantenaina Lova, qui aborde également la question en pointant du doigt les populations locales comme des victimes des multinationales. Bon gré mal gré, le documentaire After Oil, constitue un élément de plus sur l’urgence énergétique et les conséquences des actions multinationales. Cette œuvre est une mise en garde face aux politiques abusives car le monde change, les hommes aussi. L’environnement et le nature changent et les actions humaines et celles des industries énergétiques doivent changer pour un équilibre mondial.

Cette critique est issue du programme Talent Press, une initiative de Talents Durban en collaboration avec le Durban FilmMart Institute et la FIPRESCI. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur Neya Harouna et ne sauraient être considérées comme reflétant la position officielle des organisateurs.

Thank you

Submission received